BATAILLE ET FONTAINE A LA UNE DE TELERAMA

Publié le par DAVID GUERIN

Extraits de l'article:

Y a que la vérité... si je mens !

 

Lundi 10 octobre 0 890 714 720. C'est le numéro que les téléspectateurs voient s'afficher lorsqu'ils regardent Y a que la vérité qui compte. C'est celui qu'ils composent s'ils souhaitent témoigner. Et c'est celui que je fais. Objectif : me faire sélectionner pour raconter de l'intérieur le fonctionnement de cette mystérieuse machine à consommer de l'anonyme. (...) Avec la complicité d'une amie, Patricia, j'ai inventé un scénario gorgé de sentiments : « C'était ma meilleure amie. » De glamour : « Elle était danseuse. » De sexe : « J'ai couché avec son petit ami. » De détails concrets : « Je lui ai tout avoué devant une pizza quatre fromages. » De drame : « Elle s'est levée, est partie. » De sanglots : « C'était il y a dix-sept ans. Je ne l'ai jamais revue. J'en rêve encore. » J'hésite : touche 1 ou 6 ? je tape 1. Je prends ma voix la plus pêchue. Zut, je suis coupée par le bip. Trente secondes, c'est court pour raconter une vie.

Mardi 11 octobre Une voix jeune et chaleureuse : « Bonjour, je suis Nathalie, de l'émission Y a que la vérité qui compte. » Elle m'écoute, me relance, se passionne « Vous en parlez si bien de votre amie », vérifie que j'ai bien « couché » avec le garçon, déborde d'empathie : « Et vous en souffrez toujours ? » Mon histoire l'accroche.

Samedi 22 octobre Enregistrement.

11h00 Une jeune fille me fait signer la feuille d'autorisation de diffusion, par laquelle j'accepte de façon « irrévocable [...] l'exploitation de mon nom, mon image, ainsi que soient dévoilés certains éléments de ma vie privée ». Et j'autorise « expressément la diffusion de ma participation à l'émission », et permets au producteur de « fixer, reproduire, communiquer, adapter et, plus généralement, exploiter par tous moyens ma participation ». Quoi que je fasse, désormais, je ne peux plus arrêter la machine.11h15 La styliste manque à l'appel. C'est donc Nathalie qui choisit ma tenue. Elle trouve tout « très joli », mais opte pour une jupe noire et un haut bleu « comme vos yeux ».

18h45 C'est mon tour. Dans le studio, des caméras partout. Et, au centre, dans une intense lumière, les deux animateurs finissent l'histoire précédente. La salle, chauffée à blanc, hurle, rigole, applaudit.

18h55 Nathalie me presse la bras « Ça va aller, vous êtes sincère et spontanée. Faites durer le suspense ! »

Je descends dans l'arène, m'assois sur le petit siège. Les deux animateurs, que je n'ai pas vus avant, que je ne verrai pas après, plantent leurs billes dans les miennes. On projette le roman-photo de ma vie, avec musique sirupeuse et voix off extatique. J'apprends ainsi qu'« On peut lire sur (m)on visage la sérénité que seule l'expérience de la vie et les années écoulées peuvent apporter. » Retour plateau. Je débite mon histoire. Demande pardon. Réussis à sortir une larme... que Bataille pointe avec gourmandise. De l'autre côté du rideau, Patricia est plus vraie que nature et, comme le lui a demandé Sabrina, fait durer le suspense : ouvrira/ouvrira pas... Bataille et Fontaine en profitent pour glisser une page de pub. « Vous devriez lui pardonner... », lui disent-ils pendant la pause. Moi, je reste plantée seule, avec le public qui me dévisage et un cameraman à mes pieds qui enregistre consciencieusement mon air éploré. Fin de la pause. Patricia ouvre les rideaux. Pendant que le public nous acclame debout, et sous le regard subtilement paternaliste des deux compères, nous cachons notre fou rire dans les bras l'une de l'autre.

Dimanche 30 octobre Surprise : c'est notre témoignage qui a été sélectionné pour la bande-annonce de l'émission. Une voix off souligne : « Il y a ceux qui ont une vérité à dire... et ceux qui ont une vérité à entendre. » Un gros plan sur mes yeux embués, un autre sur Patricia parlant de « trahison » et la voix off de conclure : « Mais oseront-ils aller jusqu'au bout ? » Pendant deux jours, les images passent en boucle à l'antenne. Ouf ! Aucun de ceux qui me connaissent à TF1 ne me repère. A croire qu'ils ne regardent pas leur chaîne !

Lundi 31 octobre

22h40 Diffusion.

Emmanuelle Anizon
(Remerciements à Patricia Camprasse.)

 

 

 

 

Télérama n° 2913 - 10 novembre 2005

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Publié dans actualité télé

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