SARKOZY ENTRE SOLIDARITE GOUVERNEMENTALE ET AMBITION PRESIDENTIELLE

Publié le par davidguerin

 Nicolas Sarkozy est confronté à un dilemme: ne pas rompre la solidarité gouvernementale en pleine crise du CPE, tout en marquant sa différence pour ne pas se couper des jeunes dans la perspective de 2007.

"Sarkozy sait que toute coupure avec les jeunes est cataclysmique", affirme un de ses proches: "Il se rappelle 1995: si Edouard Balladur, qu'il soutenait, a perdu, c'est qu'il n'a pas réussi, contrairement à Jacques Chirac, à entraîner les jeunes".

D'où "l'obsession", selon cet élu, du futur candidat à l'élection présidentielle qui ne cesse de répéter à son entourage: "N'oubliez pas les jeunes. Ce sont eux qui donnent une couleur dynamique à une campagne. Il faut que les jeunes adhérent à notre projet. C'est ce que Chirac avait compris".

Pour le numéro deux du gouvernement, "le chemin est étroit", relève Gérard Longuet, conseiller politique de M. Sarkozy.

"Il est nerveux", dit l'un de ses amis, "tendu", dit un autre. D'autant qu'un militant de Sud est actuellement dans le coma, après avoir été blessé, selon le syndicat, samedi après la manifestation anti-CPE à Paris.

"Si Dominique de Villepin se plante, il risque de se planter avec lui", dit le premier. "Il a peur d'une rupture forte avec les jeunes qui donnerait une image statique, dépassée, de tout candidat UMP à la présidentielle", affirme le deuxième.

Nicolas Sarkozy s'est donc engagé dans un numéro d'équilibrisme: d'un côté, le président de l'UMP charge ses proches, notamment Brice Hortefeux, secrétaire général délégué, de réitérer la "solidarité et loyauté" du parti à l'égard du Premier ministre.

De l'autre, le ministre de l'Intérieur qu'il est aussi déclare qu'un éventuel retrait du CPE relève du seul Premier ministre. "Ce n'est pas une décision qui m'appartient", a-t-il répondu lundi à Ajaccio aux journalistes qui l'interrogeaient.

"Je m'en suis longuement entretenu avec lui hier (dimanche) soir, je lui ai donné mon point de vue", a ajouté le ministre.

Selon un proche de M. Sarkozy, lors de cette rencontre d'une heure, "Villepin, qui se prend pour Margaret Thatcher, était sur une position très dure qui consistait à dire: +sur le CPE, je ne bouge pas+. Sarkozy lui a expliqué qu'il ne pouvait pas ne pas bouger".

Le même proche assure avoir conseillé au ministre de ne pas s'en mêler, car "il n'y a que des coups à prendre".

Un autre assure que Nicolas Sarkozy "va essayer d'influencer Dominique de Villepin" pour l'inciter à "dialoguer avec les jeunes".

Dans ce contexte, "ça démange Sarkozy de partir", croit savoir un troisième. "Il voudrait partir plus tôt" que ce qu'il avait dit (ndlr: début 2007 pour se lancer dans la campagne présidentielle).

Mais "jamais Nicolas Sarkozy ne partira en pleine crise", affirme catégoriquement le sénateur des Hauts-de-Seine Roger Karoutchi.

Tous les amis de M. Sarkozy s'accordent cependant à penser qu'"il ne peut partir à froid. Il faut une opportunité". "Ce serait une erreur de sa part, car ce serait pris pour un coup stratégique", explique Manuel Aeschlimann, chargé de suivre l'opinion publique au parti.

Alors, pour rester tout en marquant sa différence, Nicolas Sarkozy a décidé de s'afficher plus "social" que le Premier ministre. Lundi prochain à Douai, lors d'une grande réunion, son discours portera sur "l'insertion, l'emploi et les jeunes".

Quant au "contrat de travail unique", vanté par le ministre à plusieurs reprises depuis mars 2005, il ne serait finalement plus qu'une "proposition parmi d'autres", selon M. Hortefeux. 

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Publié dans actualité télé

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