VILLEPIN ENTEND DEMEURER PREMIER MINISTRE ET DISSOCIE SON DESTIN DU SORT DU C.P.E.
Dominique de Villepin a tenu à couper court jeudi aux rumeurs sur son éventuelle démission et a affirmé vouloir "mener jusqu'au bout" sa mission à Matignon, dissociant son destin personnel du sort du CPE.
Pour sa neuvième conférence de presse mensuelle, le Premier ministre, fragilisé par la crise interminable du contrat première embauche et sa chute libre dans les sondages, a tenté de reprendre la main en se fixant pour les mois à venir, sans faire d'annonces concrètes, trois "chantiers nouveaux", a priori consensuels: "sécurisation des parcours professionnels", "lutte contre l'exclusion" et "renforcement des liens université-emploi". Mais le message du jour était avant tout politique. Pas question pour lui de lâcher les rênes du gouvernement: "le président de la République m'a confié une mission qui est celle de mener la bataille pour l'emploi (...) Je la mènerai jusqu'au bout", a-t-il martelé, sourire aux lèvres et gestuelle énergique. Une façon de tordre le cou aux "spéculations" et "fantaisies" sur la durée de son bail à Matignon. De fait, après son lapsus du 29 mars -"démission" au lieu de "décision"-, les rumeurs avaient redoublé mercredi dans les couloirs de l'Assemblée après sa formule sibylline: "je tirerai naturellement toutes les conclusions nécessaires" des discussions entre parlementaires UMP et partenaires sociaux sur le CPE. Jeudi, M. de Villepin s'est empressé de corriger le tir en employant quasiment la même phrase mais en l'assortissant d'un "nous", un pluriel récurrent dans son discours, alors qu'il privilégie souvent la première personne du singulier. Faisant de "l'apaisement" sa priorité "immédiate" tout en concédant un mea culpa minimal sur la crise du CPE -"j'ai voulu aller vite, c'est vrai"- il n'a jamais explicitement répondu aux questions des journalistes qui le pressaient de dire s'il accepterait in fine la mort du CPE. Dans de longues circonlocutions, le chef du gouvernement a plaidé pour "un dialogue sans aucun a priori" mais réaffirmé son attachement à cet "outil" pour lutter contre le chômage des jeunes et mis en garde contre les "conclusions hâtives". Certes, il se devait de défendre une nouvelle fois son dispositif mais il est conscient que les tractations sur le CPE ne sont plus de son ressort. "Je ne suis pas quelqu'un de susceptible, je n'ai pas d'amour-propre dans ce domaine", a-t-il fait savoir. Commentant cette intervention, le premier secrétaire du PS, François Hollande, a estimé qu'au "lieu d'apaiser", M. de Villepin "complique". Au-delà de la crise, le Premier ministre s'est targué d'avoir abordé le dossier de la précarité des jeunes, qui "ne pourra plus être refermé". Il a d'ailleurs invité les syndicats à "reconnaître" que la "flexibilité" serait un élément incontournable pour s'attaquer au chômage. Ne s'avouant pas vaincu, il a lancé une petite phrase lourde de sous-entendus: "l'Histoire est pleine de perdants et de gagnants. Au fur et à mesure que le temps passe, parfois dans ce jeu de rôles, les choses changent". Dépossédé du dossier du CPE au profit de l'UMP, M. de Villepin a semblé faire contre mauvaise fortune bon coeur en préférant affirmer que sa majorité était "unie" et qu'il n'avait "aucune plainte à émettre" à l'égard de ses ministres. M. de Villepin était entouré de plusieurs d'entre eux, notamment Thierry Breton et Gilles de Robien, mais pas de son numéro deux et grand rival, Nicolas Sarkozy, quasiment toujours absent de ces conférences de presse.
Publicité