LE NOUVEAU GOUVERNEMENT D'ABE ACCUEILLI AVEC SCEPTICISME PAR LA PRESSE DU JAPON

Publié le par davidguerin

 L'influente presse japonaise a accueilli mercredi avec un certain scepticisme le nouveau gouvernement de Shinzo Abe tandis que le président Sud-Coréen, Roh Moo-Hyun, a adressé ses félicitations au nouveau Premier ministre du Japon Shinzo Abe tout en souhaitant une amélioration des relations entre leurs deux pays.

Le conservateur Shinzo Abe, 52 ans, est devenu mardi le plus jeune Premier ministre de l'après-guerre, avec l'ambition de promouvoir un Japon plus fort sur la scène internationale tout en promettant de relancer le dialogue avec les pays voisins.

 

Il a reconduit un "faucon", Taro Aso, 66 ans, à la tête de la diplomatie japonaise, en lui assignant la tâche de renouer le dialogue au sommet avec la Chine, premier partenaire commercial du Japon.

 

M. Abe a distribué le reste des portefeuilles entre des proches appartenant à la même génération que lui et des représentants de la vieille garde du Parti libéral-démocrate (PLD), un patchwork critiqué par la presse.

 

Seules deux femmes, classées à la droite du PLD, font partie du gouvernement.

 

"Quel message le nouveau Premier ministre a-t-il voulu transmettre à travers la composition de son gouvernement ? Jeunesse, renouveau, challenge (...) Rien ne transparaît clairement", déplore le quotidien Asahi (gauche).

 

Pour le quotidien à grand tirage Yomiuri (conservateur), "à en juger par la la composition du nouveau gouvernement, il n'est pas évident de saisir l'orientation stratégique (de M. Abe) pour la croissance, ni ses politiques économiques ou financières".

 

La presse rélève que le nouveau Premier ministre a réhabilité les usages traditionnels du "consensus à la japonaise", délaissés par son flamboyant prédécesseur Junichiro Koizumi, selon lesquels les amis fidèles "sont récompensés".

 

Mais ce retour à "l'ordre ancien" suscite des interrogations: "On ne peut s'empêcher de douter de sa capacité à imposer sa volonté politique sur les bureaucrates", s'inquiète le Yomiuri.

 

"Nous n'arrivons pas à sentir de l'enthousiasme pour les réformes dans ce nouveau gouvernement", juge de son côté le Mainichi (centre-gauche), qui craint que la jeunesse du nouveau Premier ministre ne masque en fait "inexpérience et manque de maturité".

 

Seul le quotidien nationaliste Sankei approuve les choix de M. Abe, dont il est proche des idées, en saluant "l'équilibre entre les générations" au sein du cabinet.

 

"Espérons que M. Abe appliquera ses idées sans compromis", à savoir la réforme du système qui a régi le Japon depuis 1945, affirme le Sankei.

 

Si la presse japonaise est sceptique, la Corée du Sud, elle, semble être plus enthousiaste, le président sud-coréen, Roh Moo-Hyun, a adressé ses félicitations au nouveau Premier ministre du Japon Shinzo Abe tout en souhaitant une amélioration des relations entre leurs deux pays mises à mal pendant le mandat du chef de gouvernement sortant Junichiro Koizumi.

 

"Je souhaite que les relations entre la Corée du Sud et le Japon puissent s'inscrire sur le long terme et que la coopération régionale dans le Nord-Est de l'Asie se trouve renforcée", a déclaré le chef de l'Etat sud-coréen dans un télégramme envoyé mardi soir au nouveau chef du gouvernement japonais.

 

Le président Roh a également adressé une missive à M. Koizumi, mais son contenu n'a pas été divulgué.

 

Le ministre sud-coréen des Affaires étrangères, Ban-Ki-Moon, s'est déclaré quant à lui favorable à la reprise de rencontres bilatérales avec Tokyo à condition que le nouveau Premier ministre nippon règle leur contentieux sur la conception de l'Histoire.

 

"Cela signifie qu'il (Shinzo Abe) doit régler totalement la question de l'Histoire", a déclaré mardi M. Ban à l'agence japonaise Kyodo. La Corée du Sud et la Chine estiment notamment que le Japon n'a pas suffisamment fait repentance pour les crimes commis par l'armée impériale en Asie dans les années 1930-40.

 

Début septembre, Shinzo Abe, alors numéro deux du gouvernement Koizumi, avait jugé inutile toute nouvelle contrition de son pays à ce sujet.

 

"Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de faire une nouvelle déclaration (d'excuses) à chaque changement de gouvernement", avait-il estimé.

 

La Corée du Sud et la Chine refusent depuis plus d'un an de tenir des sommets avec le Japon, officiellement en raison des visites répétées de M. Koizumi au sanctuaire du Yasukuni, haut-lieu spirituel du nationalisme nippon qui honore les âmes des Japonais tombés au champ d'honneur, y compris celles de 14 criminels de guerre.

 

Séoul et Pékin voient dans ces pèlerinages une glorification du Japon militariste, dont les Coréens eurent à subir les atrocités pendant la colonisation nippone de leur pays entre 1910 et 1945.

 

Shinzo Abe a promis de relancer le dialogue bloqué avec ses voisins, mais la formation d'un gouvernement très conservateur avec la reconduction du "faucon" Taro Aso à la tête de la diplomatie japonaise, suscite le pessimisme de certains analystes. "Il est hautement probable que le fossé s'agrandisse entre le Japon et la Corée du Sud et que leurs relations se détériorent", estime Yang Kee-Ho, un enseignant spécialiste du Japon à l'université Sungkonghoe de Séoul.

 

Par ailleurs, un différend territorial continue d'empoisonner leurs relations et des discussions achoppent toujours sur un chapelet d'îlots controversé en Mer du Japon.

 

Tokyo en revendique le contrôle depuis 1905 et sa victoire contre la Russie, mais Séoul affirme que ces rochers inhabités lui appartiennent depuis des siècles et sont situés dans sa zone économique exclusive (ZEE).

 

Le litige a failli tourner à l'incident armé entre les deux pays en avril dernier.

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