MONSIEUR LES JOURNALISTES VOUS FAIT LE NIE DE MONSIEUR SARKOZY

"Invités" à assister aux descentes de police à l'aube dans les banlieues, aux Tarterets il y a dix jours et aux Mureaux mercredi, les journalistes estiment pouvoir maîtriser le risque d'instrumentalisation.La descente de police aux Mureaux s'est déroulée devant une nuée de journalistes prévenus la veille. Dix jours auparavant, une opération semblable avait eu lieu dans le quartier sensible des Tarterets à Corbeil-Essonnes, là aussi, devant de nombreuses caméras.
Le ministère de l'Intérieur a démenti mercredi être à l'origine de la présence de la presse aux Mureaux. Des journalistes interrogés par l'AFP indiquent avoir été prévenus la veille par des textos émanant de leurs sources policières habituelles.
Jean-François Téaldi, secrétaire-général du SNJ-CGT, estime "à la limite normal" que les journalistes soient prévenus de ces descentes de police. Reste à savoir s'ils s'interrogeront ensuite sur la pertinence de faire un reportage sur le sujet, ajoute-t-il.
Il faut décider si "cela vaut un +off+ de 20 secondes ou un sujet d'une minute 45" car si l'on ne se pose pas de questions, "on tombe dans le piège de participer à la campagne de Sarkozy", selon le responsable du SNJ-CGT.
Ces questions, tous les responsables des rédactions se les posent, déclarant ne pas être dupes et estimant être en mesure d'éviter l'instrumentalisation, voire la manipulation.
Pour Jacques Cardoze, président de la Société des journalistes de France 2, "on ne peut pas se permettre d'être absent" sur ce genre d'opération, mais "il faut expliquer que la presse était présente et donner toutes les clés aux télespectateurs".
Les risques d'instrumentalisation font l'objet de nombreuses discussions parmi ses collègues, explique-t-il, car "l'on doit réfléchir à la couverture des sujets police" et sécurité "lors d'une campagne électorale, qui plus est lorsque l'un des candidats est le ministre de l'Intérieur".
"L'instrumentalisation, si elle a lieu, s'effectue lors de la diffusion. Notre métier est d'aller sur le terrain, ensuite on décide" du traitement de l'information, déclare Catherine Nayl, directrice des reportages à TF1. "On peut décider de donner l'info en brève" ou d'y consacrer un véritable "sujet", ajoute-t-elle.
"Il faut toujours être présent, pour décider ensuite de diffuser ou pas un sujet", renchérit Patrice Bertin, directeur de la rédaction de France Inter. L'information a été traitée sur Inter dans le journal de 7H30 "en insistant au moins autant sur la présence de nombreux journalistes" que sur l'opération elle-même.
Sur Europe 1, le traitement a été "sobre", estime Jérôme Dorville, directeur-adjoint de la rédaction. "On n'en a parlé que deux fois lors de la tranche d'information matinale, en précisant que l'opération avait été un échec", déclare-t-il. Ses journalistes ont la consigne de "rester en retrait" et de "ne pas monter dans les appartements avec les policiers".
RTL a décidé que les faits de mercredi valaient une simple information en bref. Sur l'opération aux Tarterets, Hervé Béroud, directeur de l'information, regrette de ne pas avoir signalé "assez tôt et assez fort" qu'elle était largement médiatisée.
Côté presse écrite, plusieurs titres n'avaient pas été prévenus. Libération, qui de toute façon n'y serait pas allé, estime que "Sarkozy fait son boulot," mais que ces opérations sont "ridicules et contre-productives". Le quotidien doit consacrer trois pages jeudi à cette "sécurité-spectacle".
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