Jacques Chirac "n'a pas vu" le documentaire qui lui est consacré, diffusé lundi et mardi soir par France 2, mais des proches regrettent le "parti pris" de l'auteur Patrick Rotman.
"Chirac", film en deux parties ("Le jeune loup" et "Le vieux lion"), est le premier documentaire jamais réalisé à la télévision française sur un président en exercice.
Pour le réalisateur Patrick Rotman, cette première manifeste "l'autonomisation" de la télévision française par rapport au pouvoir politique. Un phénomène aussi illustré par la diffusion ce même lundi soir sur TF1 d'un téléfilm sur le Rainbow Warrior, le bateau de Greenpeace coulé en 1985 par les services secrets français.
Le chef de l'Etat "n'a pas vu" le documentaire qui lui est consacré et il était bien peu probable qu'il regarde le premier épisode, selon un proche qui ne l'excluait toutefois pas totalement. En revanche, il est certain qu'il ne verra pas le second, car il sera alors en route pour la Chine où il effectue une visite d'Etat de mercredi à dimanche.
Le DVD a été envoyé à l'Elysée au moment où il a été projeté à la presse, à la mi-septembre. Depuis, plusieurs proches l'ont vu et se montrent critiques envers ce qu'ils jugent comme un parti-pris du film qui retrace 40 ans de vie politique de Jacques Chirac, avec de nombreux témoignages et séquences d'archive.
"On n'est pas choqué par le principe mais le film est beaucoup plus axé sur la conquête du pouvoir que sur l'action du président de la République", affirment certains dans l'entourage. Ainsi, un proche regrette que "ce film, qui veut faire un bilan exhaustif sur Jacques Chirac, passe sous silence la dernière année du quinquennat". Précisément, précise ce proche, celle qui permet de faire un bilan, qu'il s'agisse de la lutte contre le chômage ou de son action internationale comme au Liban.
Dans son entourage, on souligne aussi que "les principaux acteurs sont absents", en particulier tous ses anciens Premiers ministres (Alain Juppé, Lionel Jospin, Jean-Pierre Raffarin ou Dominique de Villepin). Du coup, "les intervenants sont des opposants ou ne sont pas des proches", relève-t-on.
Il est vrai que Jacques Chirac n'a pas souhaité donner son témoignage, et ses principaux collaborateurs non plus.
Auteur d'un "François Mitterrand" en 2000, Patrick Rotman estime que l'ancien président socialiste et Jacques Chirac, qui aura 74 ans fin novembre, "sont deux grands fauves politiques qui ont marqué par leur longévité, leur capacité à résister aux coups, à rebondir. A travers eux, on replonge dans 40 ans d'histoire", a-t-il dit à l'AFP.
Là est sans doute le principal malentendu: pour l'Elysée, Jacques Chirac n'appartient pas encore à l'histoire et fait tout pour montrer un président pleinement engagé sur tous les fronts - politique, social, diplomatique - à quelque six mois de l'élection présidentielle. D'autant que, officiellement, il n'exclut pas de briguer un troisième mandat et a fait savoir qu'il ne ferait connaître sa décision qu'en mars.
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