Une Marseillaise de 26 ans était entre la vie et la mort, grièvement brûlée dans l'incendie samedi soir d'un bus tombé dans un "guet-apens" dressé par des jeunes gens: elle est la première victime grave de violences perpétrées autour de l'anniversaire redouté de la première nuit d'émeutes en 2005.
Dominique de Villepin tiendra lundi à Matignon une réunion sur la sécurité et les transports publics, ont annoncé dimanche les services du Premier ministre dans un communiqué. Le Premier ministre "condamne fortement les agressions contre les bus de transports publics qui mettent en danger la vie des transporteurs comme des passagers et les actes de délinquance qui ont eu lieu ces jours derniers".
Depuis une semaine, au moins sept autobus ont été incendiés dans des banlieues de grandes villes, dont six en région parisienne, par des groupes de personnes encagoulées et parfois armées. Même si le pire à parfois été frôlé comme dans l'Essonne où un bus était plein au moment où le feu a pris, il n'y a pas eu de blessés graves.
Samedi soir, le bus de la Régie des transports de Marseille (RTM) semble avoir été pris dans un "vrai guet-apens", a estimé le procureur de la République de Marseille, Jacques Beaume. Relevant d'une procédure criminelle, l'enquête a été confiée à la brigade criminelle de la police judiciaire.
Les premiers témoignages de certains passagers et de la conductrice permettent à la police d'esquisser les grands traits de l'attaque. Le bus, assurant la liaison entre le centre-ville et les quartiers nord réputés difficiles, aurait été agressé une première fois dans son trajet aller, des jeunes gens tentant en vain de monter à bord.
Ils auraient attendu au même arrêt, situé à la frontière des quartiers nord et à proximité d'une cité, que le même véhicule repasse dans le sens inverse pour cette fois l'obliger à s'arrêter "par un mécanisme qu'il faut vérifier", selon le magistrat.
Il est alors 21H15, et ces "adolescents" au visage dissimulé dans leur capuche forcent les portes du bus où sont assis une dizaine ou une douzaine de personnes, répandent de l'essence et y mettent le feu avant de prendre la fuite, selon une source policière.
Outre trois personnes indisposées par les fumées, une jeune femme, grièvement atteinte, est conduite en urgence dans un service spécialisé: "Ses jours sont en danger, elle est brûlée à près de 60% de la surface du corps", a précisé à l'AFP la direction de la communication de l'Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM).
"Son état est gravissime", a renchéri le procureur Jacques Beaume un peu plus tard dans la nuit. Le magistrat a appelé les passagers vite rentrés chez eux -- la plupart -- à se faire connaître. "On a besoin de leurs témoignage", a-t-il insisté.
La carcasse du bus a été remorquée après minuit et ne restaient plus sur les lieux que des débris de vitres à terre et un car de CRS. Le service bus de nuit a été interrompu.
Marseille, deuxième ville de France, avait été largement épargnée par les troubles de l'automne passé. Aucun incident particulier n'avait été signalé dans la nuit de vendredi à samedi, date anniversaire du début des émeutes urbaines.
"C'est bien la preuve que les quartiers nord de Marseille réputés +à l'abri+ sont tout aussi capables que la banlieue parisienne de générer des incidents très graves", a déclaré à l'AFP Bernard Coumes, secrétaire départemental du syndicat de police Alliance.
Dans le reste de la France, la nuit de samedi à dimanche a été "relativement calme"a-t-on appris dimanche auprès de la direction générale de la police nationale (DGPN).
Un bus "a été incendié à Trappes (Yvelines) après que ses occupants ont pu descendre", sans faire de blessé, a précisé la DGPN.
Peu d'incidents ont par ailleurs été relevés notamment en Ile-de-France, à l'exception de quelques jets de projectiles, caillassages et prises à partie de policiers en Seine-Saint-Denis, dans l'Essonne, le Rhône, la Haute-Garonne et le Val-d'Oise, selon la même source.
Pour la nuit, la DGPN fait état au total de deux policiers légèrement blessés et de 46 interpellations, dont 36 en Ile-de-France, directement liées aux violences urbaines.
"Le dispositif des forces de l'ordre mis en place pour la nuit du 28 au 29 octobre (4.000 policiers en renfort) a été identique à celui de la nuit précédente et a permis d'assurer des interventions réactives et ciblées", souligne la DGPN.