LE PRIX DU GONCOURT

Publié le par davidguerin

 

 Sans surprise, le prix Goncourt a été décerné lundi au grand favori, l'Américain Jonathan Littell, pour son premier roman en français, "Les Bienveillantes", les mémoires fictives d'un SS, qui connaissent déjà un grand succès public.

Le livre s'est en effet déjà vendu à 250.000 exemplaires depuis sa parution le 21 août, selon son éditeur Gallimard. Il avait également été récompensé par le Grand prix du roman de l'Académie française le 26 octobre dernier.

Lundi, chez Drouant, restaurant parisien où les dix membres de l'académie Goncourt s'étaient réunis comme le veut la tradition, "Les Bienveillantes" a été élu dès le premier tour de scrutin. Le roman de Jonathan Littell a obtenu sept voix sur dix, a rapporté Marie Dabadie, administratrice de l'académie Goncourt, en soulignant qu'un "scrutin en un tour" était "rarissime".

"On ne pouvait pas passer à côté de cet immense témoignage sans le signaler à toute la France", a expliqué Edmonde Charles-Roux, l'une des membres. Son collègue espagnol Jorge Semprun, qui a été déporté à Buchenwald durant la Seconde guerre mondiale, a estimé que, sur cette période, "Les Bienveillantes" était "le livre du demi-siècle".

Sur 912 pages, le narrateur, un ancien officier SS, raconte à ses "frères humains" les massacres des juifs et des gitans perpétrés en Europe de l'Est pendant la guerre. Ces notes remplies de détails sanglants sont "libres de toute contrition", assure Maximilien Aue, qui s'exprime des décennies après, dans le confort d'une maison bourgeoise en France. "Je ne regrette rien", affirme celui qui est depuis devenu PDG d'une manufacture de dentelles. "J'ai fait mon travail, voilà tout".

Lors de la sortie de son livre, Jonathan Littell avait confié sur France-Info avoir voulu se pencher sur "la question des bourreaux". "En partant de la constatation qu'effectivement, ces gens n'étaient pas des monstres, que c'étaient des Allemands tout à fait ordinaires pour la plupart, qu'est-ce qui a fait que tant de centaines de milliers de types se sont retrouvés en train de massacrer, de tuer, de torturer, d'humilier des gens?"

En travaillant pour Action contre la Faim, Jonathan Littell s'était rendu en Bosnie-Herzégovine, en Tchétchénie et en République démocratique du Congo. Dans l'humanitaire, "on traite avec des gens qui sont eux-mêmes des bourreaux, des criminels de guerre", avait-il expliqué. "Je me suis beaucoup servi de ces expériences personnelles".

Né à New York en 1967, il est arrivé à l'âge de trois ans en France, où il a grandi. Aujourd'hui, il habite à Barcelone avec son épouse belge et leurs deux enfants.

Lundi, l'auteur n'était pas à présent à la remise du prix, où il était représenté par son agent Andrew Nurnberg, qui a lu une lettre de remerciement, et Antoine Gallimard.

"Il y a sans doute un besoin de retrait, de tranquillité et peut-être un peu une phobie de la télévision", a justifié l'éditeur. "Il est heureux", a assuré Antoine Gallimard. "Il considère que ce prix est pour 'Les Bienveillantes' mais pas pour lui, Jonathan Littell".

L'écrivain est le fils de Robert Littell, lui-même auteur de romans d'espionnage comme "Légendes" ou "L'amateur". Jonathan Littell a publié son premier livre à l'âge de 20 ans, un roman de science-fiction intitulé "Bad Voltage", qui n'a pas rencontré le même succès que son deuxième ouvrage.

"Les Bienveillantes" ont d'ailleurs créé la surprise chez Gallimard. La maison d'édition avait fait un premier tirage à 12.000 exemplaires. Après en avoir vendu 250.000 en à peine trois mois et décroché deux prix littéraires, dont le plus prestigieux le Goncourt, elle annonçait lundi lancer sa 15e impression, à 150.000 exemplaires.

Le même jour, le prix Renaudot 2006 a été attribué à Alain Mabanckou pour "Mémoires de porc-épic" paru au Seuil.

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Publié dans actualité télé

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