SOIREE ELECTORAL
Quand PPDA demande à Juppé s'il est candidat à la présidence de la... République
Le journaliste Patrick Poivre d'Arvor, qui animait dimanche soir la soirée électorale sur le plateau de TF1, a fait un beau lapsus en demandant à Alain Juppé s'il était à présent candidat à la présidence de la... République. Avant de se reprendre.
"Et, à titre personnel, on peut vous demander ce que vous allez faire vous-même. Est-ce que vous allez être candidat, par exemple, à la présidence de la Rép..., euh... de l'Assemblée nationale? La République, ce sera peut-être en 2002 (2012, NDLR)", a demandé PPDA à l'ancien Premier ministre UMP.
Réponse de l'intéressé dans un rire: "M. Poivre d'Arvor, (c'est un lapsus) qui m'amuse beaucoup".
Avant d'ajouter plus sérieusement: "Nous venons de passer le deuxième tour. Le président de la République nouvellement élu prendra ses fonctions le 16 (mai). A partir de ce moment-là, il constituera ses équipes. Certains déjà sont candidats à des postes, d'autres ne le sont pas. Chacun a son style".
Royal: analyse d'un échec
A qui la faute? Des divisions du PS aux choix stratégiques contestés de Ségolène Royal, les socialistes cherchaient dimanche soir à comprendre les raisons d'une défaite à une élection que beaucoup jugeaient "imperdable". Entre tristesse et colère, la tentation était grande d'instruire le procès de la candidate.
Dans le collimateur, la campagne solitaire de Ségolène Royal. Au nom de sa "liberté", elle n'a guère ménagé son parti, le prenant souvent à revers comme sur la VIe République, le drapeau tricolore ou la main tendue à l'UDF, véritable rupture avec les fondamentaux du PS. L'ouverture au centre "ne nous a pas permis de gagner la moindre voix à droite et on en a perdu à gauche", et "les ministres UDF, ça a fait un ravage", analyse un élu du PS, anonymement.
Autre écueil selon certains, un "mauvais tempo" avec du temps "perdu" en janvier avec les débats participatifs, alors que Nicolas Sarkozy alignait au même moment ses propositions. A quoi s'ajoute l'impression d'une "improvisation" permanente -sur le "contrat première chance" par exemple- face à la campagne "pro" de l'UMP.
Le PS n'a jamais non plus vraiment pansé les plaies de sa primaire. "Elle n'a pas su rassembler les siens", récoltant l'image d'une franc-tireuse solitaire, déplore un ténor du PS. Après son investiture le 16 novembre, elle avait tardé à rappeler Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn et ne les a associés qu'a minima à sa campagne, malgré leurs offres de service répétées.
Ce n'est que le 23 février qu'elle avait intégré à reculons les "éléphants" à son équipe, dont Lionel Jospin. Des personnalités qui lui auraient selon les uns apporté un "plus de crédibilité". Elle avait, il est vrai, revendiqué sa "liberté" vis-à-vis du PS en mars.
Pour d'autres, Ségolène Royal n'a pas levé le doute persistant sur sa compétence, principale hypothèque sur sa campagne, accentuée par une série d'approximations en début d'année sur les questions diplomatiques (justice commerciale chinoise, Québec, sous-marins nucléaires).
Enfin, le PS a collectivement échoué à présenter Nicolas Sarkozy comme le candidat du "bilan" des cinq dernières années et non de la "rupture". Ce n'est qu'en toute fin de campagne que Ségolène Royal a nettement durci le ton contre son rival UMP, au point de prendre le risque d'apparaître agressive lors de leur duel télévisé.
Les partisans de Ségolène Royal pointaient, eux, un manque de soutien de la part du PS. Le 11 mars, la candidate avait accusé les "éléphants" de ne pas avoir "suffisamment fait bloc" autour d'elle dans la "première phase" de campagne. D'aucuns s'agaçaient aussi des initiatives du Premier secrétaire du PS François Hollande, qui a embarrassé sa compagne en proposant de relever les impôts au-delà de 4.000 euros ou d'instituer une CSG-retraite.
La candidate elle-même regrettait une primaire qui l'a abîmée, en donnant à la droite des munitions pour intenter son procès en incompétence. "Il y a un réseau de gens qui n'ont jamais accepté ma désignation", relevait-elle dimanche devant des journalistes. Et de se remémorer les "coups" reçus. "J'aurais tout eu", soupirait-elle.
Elle avait même pensé à une formule pour dénoncer la "traîtrise" d'Eric Besson et son ralliement à Nicolas Sarkozy: "Ce n'est pas parce que vous avez Judas à votre table que vous pouvez vous prendre pour le Messie".