Michel Serrault, inoubliable Albin dans "La cage aux folles"

Jusqu'alors considéré comme un bon second rôle, Michel Serrault, qui venait d'avoir 50 ans, devint en 1978 une vedette de premier plan du cinéma français grâce à "La cage aux folles".
Le film racontait les aventures burlesques d'un couple homosexuel : Ugo Tognazzi était Renato, directeur d'un cabaret, et Serrault campait un délicat Albin se transformant sur la scène de "La cage aux folles" en une irrésistible Zaza Napoli, chaussures à talons aiguilles, chevelure bouclée, faux seins, rouge à lèvres et ongles vernis.
D'abord, il y eut une pièce écrite par le complice de Serrault, Jean Poiret, mise en scène par Pierre Mondy. Le succès fut tel (les deux acteurs l'ont jouée plus de 1.500 fois, dont cinq années consécutives au Palais Royal) qu'elle ne pouvait laisser indifférent le cinéma. "Sur scène, il s'agitait tellement, il improvisait tant et tant, qu'à la fin nous étions exténués. Surtout moi", disait Poiret.
C'est le producteur italien Marcello Danon qui acheta les droits cinématographiques de la pièce. Danon choisit pour la mise en scène Edouard Molinaro qui n'était pas enthousiaste. Il venait de réaliser "L'homme pressé" avec Alain Delon et voulait continuer dans la veine des films noirs. Poiret, fatigué par ses années sur scène, ne s'occupe pas de l'adaptation. Francis Veber et Molinaro s'en chargent.
Le tournage est tendu. "Ce n'était pas facile de jouer un homo quand on aime les femmes comme ces deux acteurs", dira Molinaro.
Le film est un triomphe en France, où il attire 5 millions de spectateurs, mais aussi aux Etats-Unis. Il est trois fois nominé aux Oscars d'Hollywood et Serrault obtient notamment un César français et un Donatello italien.
Grâce à ce succès, Molinaro travaillera d'ailleurs ensuite aux Etats-Unis où l'acteur Dustin Hoffman rend hommage à Serrault. L'Américain pensera sans doute à sa prestation en tournant en 1982 "Tootsie" de Sydney Pollack.
"Le fait d'avoir obtenu le César 79 pour ce rôle m'a ravi, non pas parce qu'il m'avait été attribué, mais parce que les professionnels du cinéma, unanimes, remettaient le rire à l'honneur", s'était réjoui Serrault.
En 1980, sortira "La cage aux folles II" (de Molinaro) et, en 1985, "La cage aux folles III" (de Georges Lautner). Mais le meilleur sera resté le premier.
Par Claude CASTERAN