Roubaix: le petit Enis a subi des sévices sexuels de la part de son ravisseur présumé, multirécidiviste

Le petit Enis, qui avait disparu mercredi après-midi à Roubaix (Nord), a été retrouvé vivant jeudi peu après minuit grâce au plan "alerte enlèvement". Le petit garçon de cinq ans a subi des sévices sexuels de la part de son ravisseur présumé, trois fois condamné pour des faits similaires et récemment sorti de prison.
L'homme âgé de 61 ans, actuellement en garde à vue, a déjà été entendu à deux reprises. Francis Evrard, qui venait de purger 18 ans de prison pour le viol de deux mineurs, doit être déféré vendredi devant un juge d'instruction et mis en examen pour "enlèvement de mineur de 15 ans" et "viol aggravé sur mineur de 15 ans", a précisé jeudi au cours d'une conférence de presse Valérie Courtalon, vice-procureur de la République de Lille.
Hospitalisé pour une série d'examens, le petit garçon d'origine turque, enlevé devant son domicile de Roubaix après avoir échappé à la vigilance de son père mercredi vers 14h30, "ne porte pas de traces de coups", selon Valérie Courtalon. "Mais ses premières déclarations laissent malheureusement suspecter des sévices sexuels qu'à ce jour, et à ce stade de l'enquête, Francis Evrard a pour partie déjà reconnus", a-t-elle ajouté.
Enis a été retrouvé peu après minuit jeudi dans un garage de Roubaix où son ravisseur présumé le séquestrait. Selon Valérie Courtalon, l'intervention rapide des policiers a vraisemblablement permis d'éviter une issue fatale.
Déclenché vers 20h40, l'"alerte enlèvement", un dispositif inspiré d'une procédure anglo-saxonne, a été utilisé pour la quatrième fois en France depuis sa mise en place en janvier 2006. Les autorités avaient mis en place un numéro de téléphone qui a permis de recueillir plusieurs témoignages, dont deux se sont avérés décisifs. Ils ont été apportés par un ancien codétenu du suspect et par un chauffeur de taxi, expliquait-on jeudi de source policière. Enis a finalement été localisé vers 0h15, sur le territoire de la commune de Roubaix.
Récidiviste, Francis Evrard avait déjà été condamné en 1975 par la cour d'assises du Nord à 15 ans de réclusion criminelle pour attentat à la pudeur avec violences sur mineur de 15 ans, a expliqué Mme Courtalon.
Dix ans plus tard, en 1985, la chambre des appels correctionnels de la cour d'appel de Douai lui infligeait quatre ans d'emprisonnement pour "des faits de nature rigoureusement similaire". Le 18 octobre 1989, enfin, il avait été condamné par la cour d'assises du Nord à 27 ans de réclusion criminelle, avec deux tiers de la peine assortis d'une période de sûreté, pour viols sur mineurs de 15 ans en état de récidive légale.
Sorti de la prison de Caen le 2 juillet 2007, il s'est soustrait à ses obligations de rester dans la région de Rouen (Seine-Maritime) où il avait déclaré une adresse, de répondre aux convocations du juge d'application des peines, de lui signaler ses déplacements, de s'abstenir de tout contact avec les mineurs et d'indemniser les victimes.
Il était en outre soumis à une obligation de soins, un suivi médico-psychologique et un traitement hormonal qu'il n'a pas non plus respectés. Il avait omis de signaler au juge d'application des peines de Rouen son déplacement à Roubaix, où il se trouvait depuis "plusieurs jours", selon Mme Courtalon.
Le président Nicolas Sarkozy a décidé de réunir lundi les ministres de la Justice Rachida Dati, de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie et de la Santé Roselyne Bachelot pour "étudier les mesures qu'il convient de prendre, en particulier en s'inspirant des exemples étrangers, pour garantir que les personnes condamnées pour des agressions graves, notamment d'ordre sexuel, ne soient plus en situation de recommencer" une fois leur peine purgée, a annoncé jeudi l'Elysée.
"On a trop tendance depuis de trop nombreuses années (...) à empiler des textes", a déploré de son côté le porte-parole des députés socialistes André Vallini, remarquant que cette accumulation n'était "pas suivie d'effets parce que les moyens ne suivent pas".
"Certains délinquants sexuels ressortent de prison sans avoir été suffisamment soignés", au point d'être "amenés à récidiver si les pulsions l'emportent", a-t-il ajouté sur France Info, regrettant que la justice n'ait "pas les moyens de préparer les détenus à leur sortie et de le suivre après".
La présidente du Syndicat de la magistrature Emmanuelle Perreux a également dénonçé un "manque de moyens" pour le suivi des détenus. "Quand vous voyez que dans des prisons pour 400 détenus, vous avez quatre travailleurs sociaux, vous n'avez même pas un psychiatre qui intervient à temps plein dans l'établissement, comment voulez-vous que véritablement on se donne les moyens pour lutter contre la récidive?", s'est-elle interrogé sur France-Info. "Il faut arrêter de sans cesse durcir les peines de prison et plutôt prévoir des dispositifs ambitieux d'accompagnement et c'est ça véritablement qui préviendra la récidive", a-t-elle estimé.