Le cargo Ocean Jasper, impliqué dans le naufrage du Sokalique, arrivé à Brest

Le cargo Ocean Jasper, impliqué dans le naufrage du caseyeur Sokalique qui a fait un mort vendredi au large de la Bretagne, est arrivé samedi vers 03H30 à Brest, où il avait été dérouté par les autorités françaises, a indiqué la préfecture maritime de l'Atlantique.
Escorté par l'aviso de la marine française Lieutenant de Vaisseau Le Henaff, l'Ocean Jasper, qui bat pavillon des îles Kiribati, a été amarré à la base navale militaire de Brest, selon un porte-parole de la préfecture.
Des enquêteurs devraient se rendre à bord du cargo en début de matinée pour entendre l'équipage et relever d'éventuelles traces de collision sur la coque, selon le procureur de Morlaix (Finistère) en charge de l'affaire, M. Laurent Fichot.
L'Ocean Jasper est soupçonné par les autorités françaises d'avoir provoqué le naufrage du Sokalique vendredi matin à une centaine de kilomètres au nord de l'île d'Ouessant. Six des sept membres d'équipage de ce caseyeur de Roscoff (Finistère) ont pu être sauvés, mais son patron a trouvé la mort dans l'accident.
Selon M. Fichot, le commandant azerbaïdjanais de l'Ocean Jasper a admis vendredi, lors de ses contacts avec les autorités, que son navire avait été "impliqué dans une collision", sans reconnaître explicitement que c'était avec le bateau de pêche français.
Le cargo, qui se rendait en Turquie, ne s'est pas arrêté après cette collision, se rendant coupable de "délit de fuite", selon le procureur.
Mais il est ensuite resté à proximité de la zone du naufrage, un comportement qui a attiré l'attention du Centre opérationnel de surveillance et de sauvetage (CROSS) Corsen surveillant le trafic maritime à l'entrée de la Manche.
Rejoint par l'aviso Lieutenant de Vaisseau le Henaff qui a constaté "des traces suspectes sur sa coque", l'Ocean Jasper, qui se trouvait dans les eaux internationales, a finalement accepté vendredi soir de se dérouter vers Brest, après plusieurs heures de tractations avec son armateur turc et les autorités françaises.
L'accident a eu lieu en bordure du rail de navigation qu'empruntent les navires de commerce descendant la Manche. Entre 150 et 200 navires marchands croisent dans cette zone quotidiennement, selon la préfecture maritime.
Cet accident a provoqué la colère des marins bretons. "Ce qui s'est passé est écoeurant", commentait vendredi André Kermoal, matelot à bord du chalutier qui a récupéré le corps du patron du Sokalique.
"Il y a toujours un risque en mer, mais aujourd'hui il y a de moins en moins de civisme. Les gens ne s'arrêtent pas. On perd un gars, on aurait pu en perdre sept !", s'est insurgé Jean-Jacques Tanguy, président du comité des pêches du Nord Finistère.
La CGT des marins de Brest a réclamé de son côté des "sanctions exemplaires" contre les responsables de cet "abordage de trop".
Depuis le début de l'année, au moins quatre collisions sérieuses entre des cargos et des bateaux de pêche ou de plaisance ont déjà eu lieu au large des côtes de l'Atlantique et de la Manche, mais elles n'ont fait qu'un blessé.
La dernière collision mortelle remonte à début 2006 : le ligneur Klein Familie basé à Cherbourg (Manche) avait été éperonné au large du Cotentin par un cargo maltais, le Sichem Pandora, faisant cinq morts et un rescapé.