le retour ce soir de 66 minutes sur m6

Quand vous est venue cette idée de reportage ?
Elle remonte en septembre dernier au moment où est né le début de polémique sur la délinquance des mineurs et les réponses apportées par la Justice. Le Préfet de Seine-Saint-Denis avait écrit une lettre dans laquelle il notait une hausse sensible de la délinquance. Le Ministre de l’Intérieur était monté au créneau et le sujet avait rapidement tourné à la polémique politique. Il nous a paru intéressant d’aller voir sur le terrain, dans un tribunal pour enfants, comment les juges travaillaient. Evidemment, monter ce reportage a pris pas mal de temps car il est difficile d’entrer au Tribunal, qui plus est dans un Tribunal pour mineurs, avec une caméra.
Justement, quelles ont été les démarches nécessaires pour monter ce sujet ?
Nous avons fait une demande auprès du Ministère de la Justice, bien sûr, qui nous a beaucoup aidés à réaliser ce sujet. Ils ont été très coopératifs et nous ont facilité la tâche. Nous avons lancé une sorte d’appel à candidatures pour trouver des magistrats volontaires que nous pourrions suivre dans leur travail au quotidien. Ca n’a pas été facile de trouver un juge qui veuille bien parler de son métier face à la caméra. Ils ont souvent peur que ça se retourne contre eux ; leur manière de rendre la justice peut être mal perçue de l’extérieur. Les juges pour enfants ont une approche plus éducative que répressive qui peut parfois surprendre. Nous avons essuyé beaucoup de refus dans la région parisienne, c’est la raison pour laquelle nous sommes allés en province. Après, c’est comme un casting ! Nous avions deux candidats avec lesquels nous avons pris contact par téléphone. Raphaëlle Eché, le magistrat qui nous accompagne dans le reportage, semblait la plus à l’aise avec notre démarche, nous nous sommes donc tournés vers elle.
A la lumière de ton enquête, dirais-tu qu’il y a des disfonctionnements dans la justice en matière de délinquance juvénile ?
Il y a des choses qui ne fonctionnent pas bien, forcément, des dossiers qui sont traités avec 6 mois, un an de retard, mais en on peut dire qu’en général la loi française apporte des réponses très précises. Je trouve d’ailleurs qu’elle est très bien faite, il y a pléthore de lois qui encadrent de manière efficace la délinquance des mineurs et qui permettent d’apporter des réponses intéressantes. Le système est au point, il est très sophistiqué et donne de bons résultats. 9 mineurs sur 10 jugés pour des délits ne recommenceront jamais. Seuls 10% d’entre eux plongeront dans la délinquance. Quand on dit que la délinquance augmente, c’est parce qu’il y a de nouveaux délits inscrits qui n’étaient pas recensés auparavant, comme les tags dans le métro par exemple. Ils sont désormais punis, c’est une bonne chose, et ça fait bien sûr augmenter les statistiques.
Les conditions de travail de ces juges pour enfant t’ont-elles paru acceptables ?
Il faut peut-être mettre à part la région parisienne où les tribunaux semblent débordés et où une certaine lassitude devant le manque de moyens peut se faire sentir. Il y a là-bas beaucoup plus d’affaires à traiter. A Bobigny par exemple, c’est l’usine ! La juge que nous avons rencontrée travaillait dans un confort relatif . Même si elle ne dispose en moyenne que d’une demi-heure pour traiter chaque cas, elle prend le temps d’établir un lien avec les parents, c’est primordial. Selon elle, il y a un lien direct entre la délinquance et l’absence d’encadrement familial. Elle essaye donc d’abord de s’adresser aux parents. Les parents sont bien souvent responsables de la dérive de leurs enfants. Il y a toujours une explication derrière ces délits. Une demi-heure par dossier ce n’est pas énorme, mais ça permet un contact intéressant.
Il y a une certaine incompréhension du grand public. Souvent les mineurs ressortent sans aucune condamnation et le sentiment d’impunité n’est pas loin…
Les 3 jeunes cambrioleurs que l’on voit dans le reportage n’iront pas en prison. C’est leur première affaire et la prison ferme n’est jamais prononcée, sauf affaire criminelle bien sûr. En revanche ils ont reçu une peine accompagnée d’un sursis et l’obligation d’indemniser les victimes à hauteur de 4500 euros. La juge va évidemment vérifier régulièrement l’application de cette peine. Raphaëlle Eché était déçue de ne pas avoir réussi à retourner ces gamins pendant le procès. Ils seront restés dans leur démarche de voyous sans jamais reconnaître leurs actes. La justice est humaine, elle n’est pas scientifique. Raphaëlle Eché la rend en bonne mère de famille impliquée. Elle se sent investie d’un vrai rôle social. Chaque dossier est un enfant, chaque dossier est une famille. C’est comme une super maman en fait !
Que reste-t-il de la fameuse polémique six mois après ?
Un projet de loi sur la délinquance qui prévoit un durcissement des sanctions et des peines de prison pour les mineurs. Mais de nombreux amendements ont été apportés et le projet devrait être relativement souple à l’arrivée. Peu de choses vont changer au quotidien, car encore une fois le système français paraît complet et fonctionne plutôt bien. On est en ce moment dans un système de tolérance zéro. Une réponse judiciaire est apportée à chaque cas. Le système fonctionne, à condition d’y consacrer des moyens.