"Vous filmez, bande de porcs?", hurlent des casseurs, parmi plusieurs centaines rassemblés mardi au centre de la place d'Italie à Paris, à la forêt de caméras dressée devant eux, tandis que les derniers manifestants anti-CPE en finissent avec leur défilé. Il est 19H00 et les violences commencent à peine, orchestrées par des groupes de jeunes qui errent sur la place depuis plusieurs heures, avides d'en découdre, après une manifestation sans incident notable. Pendant de longues minutes, les meneurs tentent de se concerter, et les mouvements fluctuent au gré de leurs hésitations.
"Faut qu'on caillasse", peut-on entendre de ci de là. "On n'est pas assez nombreux", estime un jeune devant un centre commercial.
Rapidement, la place prend des allures de champ de bataille. Le mur des journalistes d'image, souvent casqués, offre enfin une cible idéale. Le gaz lacrymogène et les charges des CRS répondent aux bouteilles, pavés, pierres, voire poteaux métalliques de signalisation qui volent. Un cameraman, touché par un pavé à la poitrine, est amené jusqu'aux CRS.
Le manège des policiers est rodé. Après avoir isolé les casseurs dans le parc central, les forces de l'ordre gagnent du terrain.
"Médias collabo", scande un petit groupe d'allure anarchiste, aux côtés des jeunes de banlieue.
"Faites gaffe, on est en train de se faire encercler", tentent de prévenir des jeunes, tandis que d'autres démembrent les arbres pour se faire des armes.
Dans leur dos, une importante troupe de policiers en civil tentent de se faire un chemin, le plus discrètement possible.
Quelques CRS essaient tant bien que mal de sécuriser une zone de chantier près de la mairie, véritable réserve à projectiles pour les casseurs.
Profitant de la témérité de certains, deux policiers arborant un brassard orange parviennent à se saisir d'un des jeunes qui quelques instants avant leur jetait encore une bouteille en verre.
Ils sont alors immédiatement entourés par leurs collègues en uniforme qui distribuent coups de matraque télescopiques et nuage de gaz pour parvenir à "exfiltrer" l'auteur des violences.
Plus loin, alors qu'il se débat toujours violemment, il est maintenu au sol et les policiers lui passent les bracelets en plastique. Sur le boulevard Vincent Auriol, une trentaine de policiers en civil traquent les jeunes jusque dans un ensemble de tours où ils tentent de se réfugier.
Au milieu de l'agitation, un CRS lance aux nombreux passants qui se dispersent : "Allez, reculez, plus de télévision, plus de 20h pour aujourd'hui".