Le Soudan, le Tchad et le Centrafrique ont promis de ne plus chercher à se déstabiliser par rébellions interposées, au premier jour du 24è sommet Afrique-France de Cannes, marqué par un discours en forme de "testament africain" de Jacques Chirac.
Un accord a été signé jeudi soir par le président soudanais Omar el-Béchir, Idriss Deby (Tchad), François Bozizé (Centrafrique), quelques heures après un mini-sommet sur les risques de contagion du conflit du Darfour (ouest du Soudan) dans la région.
Présenté comme la "déclaration de Cannes", ce texte fait suite à plusieurs engagements entre ces protagonistes qui sont restés lettre morte.
Les trois dirigeants "réitèrent (leur) engagement à respecter les souverainetés et à ne pas soutenir les mouvements armés". "Nous souhaitons la mise en place d'instances de concertation active entre le Soudan, le Tchad et la Centrafrique", assurent les signataires, qui affirment également "soutenir la poursuite de l'engagement de l'ONU et de l'UA".
Le Tchad et la Centrafrique accusent Khartoum d'aider des rébellions hostiles à leurs régimes. Le Soudan accuse le Tchad d'abriter les rebelles du Darfour sur son sol.
Ont également paraphé ce texte le président français Jacques Chirac, Hosni Moubarak (Egypte), et le président en exercice de l'Union africaine (UA) John Kufuor (Ghana), présents lors du mini-sommet.
La présidence française a tenu à minimiser la portée du texte, soulignant qu'il s'agissait principalement de "restaurer la confiance" entre les parties.
Plus tôt dans la journée, M. Chirac avait appelé le Soudan à accepter le déploiement d'une force de paix au Darfour, où la guerre civile a fait environ 200.000 morts et déplacé 2,5 millions de personnes depuis 2003.
Les autorités soudanaises ont accepté fin décembre que l'ONU apporte une aide technique et matérielle à la Mission de paix de l'Union africaine (UA) au Darfour. Mais elles refusent le déploiement de Casques bleus, malgré les pressions de la communauté internationale.
M. Chirac, 74 ans, qui s'apprête à quitter la présidence après douze ans de mandat, a défendu le bilan de son action devant plus d'une trentaine de dirigeants africains, réunis dans le palais où se déroule le célèbre festival de cinéma.
Se posant une nouvelle fois en avocat de l'Afrique, Chirac a demandé à la communauté internationale, notamment à l'UE, dont la présidente en exercice, la chancelière Angela Merkel, était à Cannes, d'aider une "Afrique nouvelle en marche". Plus de 300 millions de personnes vivent dans la pauvreté en Afrique dont les matières premières suscitent la convoitise des pays étrangers, Chine en tête.
En écho à M. Chirac, Hosni Moubarak a déclaré: "Nous voulons que l'idée que l'Afrique est riche et les Africains pauvres appartienne au passé".
M. Chirac a fustigé une nouvelle fois les subventions "inacceptables et inhumaines" des pays riches à leurs producteurs de coton qui asphyxient les paysans africains.
Mais il a aussi appelé les pays africains à "renforcer l'Etat de droit" et a lancé un plaidoyer pour "la bonne gouvernance" financière et démocratique.
Sur un registre plus personnel, il a confié son attachement au continent africain: "J'aime l'Afrique, ses territoires, ses peuples, ses cultures", a-t-il lancé. "J'ai confiance dans son avenir, car j'ai la conviction que l'Afrique nouvelle est en marche".
"Pour la France, l'Afrique ne sera jamais un partenaire comme un autre", a souligné M. Chirac qui a assuré avoir voulu, depuis douze ans, "refonder" les liens entre Paris et le continent.