Vol au musée de Nice: un braquage express et de haute précision

Au lendemain du vol de quatre tableaux de maîtres au musée des Beaux-Arts Jules Chéret de Nice, les enquêteurs ont pu reconstituer le déroulement du braquage mené "en cinq minutes maximum" par cinq hommes "qui savaient exactement ce qu'ils venaient chercher".
"Tout s'est passé en cinq minutes maximum, ils savaient exactement où ils allaient et ce qu'ils venaient chercher", explique-t-on à la police judiciaire de Nice où la Brigade de répression du banditisme, chargée de l'enquête, a entendu lundi les employés du musée et des visiteurs présents lors du vol.
Peu après 13h00, cinq hommes se présentent à l'entrée du musée dont l'entrée, gratuite ce premier dimanche du mois, "nécessite moins de surveillance que les autres jours de la semaine", selon Patricia Grimaud, attachée de conservation du musée.
Tous ont le visage dissimulé, par des casques intégraux de moto pour deux d'entre eux, des masques blancs de propreté pour deux autres, de grosses lunettes de soleil pour un cinquième. Deux hommes portent également des combinaisons blanches.
Le commando n'a pas choisi ce moment de la journée au hasard: deux des six employés en poste sont absents pour le déjeuner et le musée ne compte qu'une poignée de visiteurs.
Un homme demeure dans le hall où il tient en joue, au moyen d'une arme de poing, les deux employés du rez-de-chaussée tandis que deux de ses complices filent vers une petite salle du même niveau et que les deux autres, également armés, montent au premier étage dont les deux gardiens sont menacés à leur tour. Dispersés dans différentes salles, les quelques visiteurs n'ont pas assisté à la scène et n'ont pas été braqués, selon la police.
Lorsqu'ils se rejoignent à l'entrée du bâtiment, les voleurs ont en leur possession quatre tableaux à la valeur "inestimable", selon Mme Grimaud: deux huiles sur toile -l'une de Claude Monet "Falaises près de Dieppe" de 1897 (65cmx87cm), l'autre d'Alfred Sisley, "Allée de peupliers de Moret", (65cmx81cm), peinte en 1890- et deux huiles sur bois signées Jan Bruegel dit "de Velours" (1568-1625) et Hendrick van Balen (1575-1632) -"Allégorie de l'eau" (53cmx94cm) et "Allégorie de la terre" (54,5cmx95,5cm).
"Les braqueurs ont tenté d'emporter un deuxième Sisley mais, le trouvant trop lourd ou trop volumineux, ils l'ont laissé tomber et ont cassé le cadre", a précisé Mme Grimaud. La toile, intitulée "Un bord de rivière" (1880), est entre les mains des enquêteurs afin de livrer d'éventuels indices.
Les deux Bruegel appartiennent à la ville de Nice. Le Sisley et le Monet proviennent du musée d'Orsay et étaient en dépôt au musée Jules Chéret depuis les années 50 où ils ont déjà fait l'objet d'un premier vol en 1998. Des conservateurs du musée parisiens sont attendus à Nice mardi. La police judiciaire cherche à préciser les conditions d'assurance des tableaux qui pourraient constituer un possible motif de vol.
Les enquêteurs jugent cependant "sérieuse" la piste d'un vol commandité car ces oeuvres sont considérées comme invendables sur le marché. Des reproductions des toiles ont été diffusées par la police dans le monde entier.
Lundi, la ville de Nice a justifié son choix de faire reposer la sécurité des oeuvres des musées de la ville sur la "surveillance humaine" plutôt que sur un système électronique. L'alarme qui déclenche les caméras de façade n'entre en service qu'à la fermeture du musée.
Par Sophie MAKRIS