Pour les 2.000 jours de captivité d'Ingrid Betancourt, ses enfants réclament aux FARC une preuve de vie
Au 2.000e jour de captivité d'Ingrid Betancourt, ses enfants sont venus jeudi inviter les estivants de Paris-Plage à signer une pétition réclamant la libération de l'ancienne sénatrice écologiste. Mélanie et Lorenzo Delloye ont une nouvelle fois supplié les FARC de leur apporter une preuve de vie de leur mère.
"Deux mille jours, c'est une attente très longue, c'est insupportable", a confié Lorenzo, accompagné de sa soeur aînée et de leur père, Fabrice Delloye, l'ex-mari de la Franco-Colombienne.
"On ne sait pas où est Maman. On ne sait pas si elle est en vie. On ne sait pas dans quel état de santé elle est. Et ça fait quatre ans et demi de cela", a déploré Mélanie devant les journalistes réunis près du pont Marie, non loin de l'Hôtel de Ville de Paris. "Si elle est en vie, pourquoi ils ne sont pas capables de nous donner une image, une lettre, de nous faire parvenir quelque chose?"
Son frère a demandé "véritablement une preuve d'elle vivante, une preuve par vidéo". "Pour continuer ce combat, pour continuer la lutte, on a besoin de cette preuve", a noté Lorenzo, 18 ans.
Ingrid Betancourt, alors candidate à la présidence colombienne, et sa directrice de campagne Clara Rojas ont été enlevées le 23 février 2002, alors qu'elles se rendaient à San Vincente del Caguan, dans l'enclave des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie).
La dernière preuve de vie d'Ingrid Betancourt date de 2003. Dans un enregistrement vidéo, elle appelait à des négociations entre les FARC et le gouvernement de Bogota. Depuis, un otage récemment libéré a déclaré qu'il l'avait côtoyée et qu'elle se portait bien mais il n'existe pas de preuve de vie directe.
"Il y a urgence car tous les jours, on a peur que quelque chose arrive à Maman", a expliqué Mélanie, 21 ans.
La semaine dernière, les familles de deux sergents de l'armée colombienne enlevés quatre mois plus tôt par les FARC ont annoncé que ces militaires étaient morts en captivité. Les circonstances demeurent aussi confuses que celles du décès de 11 otages en juin. Selon Bogota, les 11 députés ont été exécutés en raison d'une lutte de pouvoir au sein même de la guérilla. Les FARC affirment pour leur part qu'ils ont été tués lors d'une fusillade avec un "groupe militaire non-identifié".
Présent pour la troisième fois à Paris-Plage, le comité de soutien à Ingrid Betancourt avait déjà récolté près de 25.000 signatures en faveur d'un accord humanitaire. Au total, la pétition en rassemble près de 300.000. Plusieurs manifestations étaient organisées jeudi dans toute la France en solidarité avec l'otage franco-colombienne.
Selon Mélanie Delloye, "sans accord humanitaire, on n'arrivera à rien. On ne les retrouvera jamais, nos otages".
Depuis son lieu de villégiature, le président de la République Nicolas Sarkozy s'est entretenu jeudi par téléphone avec la famille de l'otage franco-colombienne. Le chef de l'Etat français appelle les FARC "à faire, sans délai, les gestes nécessaires pour parvenir à un accord humanitaire", selon l'Elysée. Le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a assuré de son côté de la "détermination sans faille" et de l'"engagement résolu" de la France pour obtenir la libération de la Franco-Colombienne.
Comme les proches d'Ingrid Betancourt, plusieurs familles d'otages des FARC réclament un accord humanitaire pour obtenir leur libération d'otages en échange de celles de membres de la guérilla emprisonnés. La France, l'Espagne et la Suisse travaillent à une médiation en ce sens entre la guérilla marxiste et le gouvernement du président Alvaro Uribe. Début août, ce dernier avait déclaré que si les FARC libéraient tous leurs otages, le gouvernement créerait une zone démilitarisée pendant 90 jours pour commencer les pourparlers de paix. Une offre rejetée quelques jours plus tard par les FARC.
Par Philippine Boudet
