Sept CRS aux assises à Paris pour viols de prostituées

Sept policiers d'une compagnie républicaine de sécurité (CRS) seront jugés aux assises de Paris à partir de ce vendredi pour les viols présumés de prostituées étrangères en région parisienne en 2002 et 2003.
Trois accusés, poursuivis pour "viols par personnes dépositaires de l'autorité publique et en réunion", ont été révoqués de la police et placés en détention provisoire pendant six mois. Les quatre autres ont été laissés libres et suspendus temporairement. Les sept hommes encourent jusqu'à vingt ans de réclusion criminelle. Le verdict est attendu le 14 septembre.
A l'instruction, les accusés ont selon les cas parlé de relations sexuelles consenties avec "remise" sur les tarifs ou reconnu les faits. Ils ont dit qu'ils n'avaient pas eu conscience de commettre des viols par menace ou contrainte. "C'était comme le fait d'avoir des sandwiches à tarif réduit", a déclaré ainsi l'accusé Yohann Mahé à l'instruction.
L'accusation retient onze viols dans cette procédure qui a commencé par une dénonciation à l'Inspection générale des services (IGS, la "police des polices") de l'association d'aide aux prostituées "Amicale du nid", en mai 2003.
Deux prostituées ont témoigné. Une seule, Irini, âgée de 28 ans aujourd'hui, s'est constituée partie civile. Elle a été expulsée dans son pays en avril 2004, relève l'ordonnance de renvoi du juge d'instruction Marc Sommerer.
AUTRE AFFAIRE
Selon les dépositions des victimes et celles de policiers, qui se sont parfois accusés mutuellement, les faits étaient une pratique courante chez certains membres de la CRS 7.
Cette unité basée à Deuil-la-Barre (Val-d'Oise) est affectée à la surveillance d'axes routiers de la périphérie parisienne et des abords du Stade de France.
Les soirs et les week-ends, en uniforme et arborant leurs insignes, les accusés se rendaient sur les boulevards des maréchaux, autour de Paris, en dehors de leur juridiction. Ils exerçaient, selon l'accusation, un chantage sur les prostituées étrangères en les menaçant de dénoncer leur situation administrative ou de provoquer leur retour dans leur pays.
L'un des policiers, après un interrogatoire sur la situation administrative d'une prostituée, aurait agité sous ses yeux ses papiers et lancé : "Je fais pour toi petite surprise, tu fais pour moi petite surprise", selon une déposition versée au dossier.
La situation administrative des prostituées, dont le métier est en France légal, était fragilisée par la loi de mars 2003 pénalisant le "racolage passif", adoptée à l'initiative de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, constate l'ordonnance de renvoi.
"Les investigations et interrogatoires ont montré que les faits commis (...) n'étaient pas isolés et uniquement dus à une consommation excessive d'alcool mais à une dérive plus répandue au sein de cette section", écrit le juge d'instruction Marc Sommerer dans son ordonnance de renvoi.
Le psychologue qui a examiné la victime constituée partie civile, Irini, en Albanie, dans son village de Leskovik où elle vit désormais seule avec sa mère, a relevé une "humeur subdépressive et un repli sur soi, une détérioration importante de l'image de soi", dit l'ordonnance.
La jeune fille, partie se prostituer en 2000 en Italie puis en France, gagnait au moment de l'examen 10 à 15 euros par mois de petits travaux.
La hiérarchie de la CRS 7, interrogée à l'instruction, a assuré n'avoir jamais rien décelé d'anormal dans le comportement de ses subordonnés. Depuis le renvoi de l'affaire en cours d'assises, une autre affaire a éclaté qui concerne cette unité.
Cinq policiers de la CRS 7 ont été mis en examen en septembre 2006, et trois d'entre eux placés provisoirement en détention, pour un racket présumé. Douze chauffeurs de taxi, tous étrangers, affirment qu'ils auraient exigé des paiements allant de 50 à 150 euros en liquide en échange de leur clémence pour des infractions souvent imaginaires.