Yvan Colonna se revendique "patriote corse" mais nie avoir tué

Publié le par davidguerin

Yvan Colonna, accusé de l'assassinat du préfet de Corse Claude Erignac en 1998, s'est revendiqué comme "patriote corse" mais a nié avoir été un militant violent, au deuxième jour de son procès à la cour d'assises spéciale de Paris.

Les membres de sa famille l'ont unanimement soutenu à la barre, se disant convaincus de son innocence et le décrivant en homme intègre, travailleur et pacifique.

"J'ai le sentiment d'appartenir à un peuple, ce peuple est nié dans ses droits, ça a fait de moi un nationaliste corse (...) Je le suis toujours, monsieur le juge", a dit le berger de Cargèse lors de son interrogatoire de personnalité.

"Je fais une différence entre le nationalisme d'Etats constitués (...) comme chez vous, en France, où on agite des petits drapeaux et on chante la Marseillaise à tue-tête dans les manifestations PS ou UMP. En Corse, c'est un nationalisme de résistance et d'affirmation", a-t-il ajouté.

Il a pourtant nié la violence que lui impute l'accusation, qui considère qu'il a participé à des actions armées clandestines depuis les années 80. "Ce dossier a été constitué uniquement à charge, la radicalité, elle n'existe pas", a-t-il dit, rappelant qu'il n'avait jamais été condamné ni même jugé.

La violence, il "ne la juge pas", dit-il. Pendant deux heures, il a parlé avec aplomb de sa vie et du dossier, bousculant parfois ses contradicteurs.

"Je ne vois pas où vous voulez en venir, monsieur l'avocat général, qu'est-ce que vous voulez savoir ? Vous pouvez m'aider, monsieur le président ? Si vous voulez que je dise que je suis patriote corse, oui, je suis patriote", a-t-il ainsi lancé à l'accusation, sourire aux lèvres et regard ironique, en réponse à une question floue sur son engagement politique.

"J'AIME MON PAYS"

Le président Dominique Coujard a repris par des questions sur la vie de l'accusé, né en 1960 d'un père corse, professeur d'éducation physique qui devait devenir député socialiste à Nice, et d'une mère bretonne, également professeur de sport.

"J'aime mon pays par dessus tout", a dit l'accusé. La vie du jeune Yvan, jusqu'à l'âge de 16 ans, était centrée sur Cargèse, au nord d'Ajaccio, bourgade d'immigration grecque, où se mêlent les traditions patriotiques françaises et un nationalisme corse décrit comme atypique.

La famille Colonna, qui a donné des maires au village et a une rue à son nom, y possède un vaste domaine où Yvan vivait avec ses parents, sa soeur et son frère, son oncle et sa tante.

Après un départ à Nice "vécu comme un déchirement" à 16 ans, Yvan Colonna est revenu en Corse, interrompant ses études d'éducation physique, pour épouser les idées nationalistes alors en expansion et devenir éleveur de chèvres à Cargèse.

Son père Jean-Hugues, ancien député PS de Nice, 73 ans, a décliné les trois points par lesquels il résume son fils : "franchise, altruisme et sensibilité". Il s'est justifié sur la lettre envoyée à la veuve Erignac en mai 1999, où il s'excusait pour le crime qu'il imputait alors à son fils.

Il l'avait cru alors coupable sous la pression, mais a changé d'avis, a-t-il expliqué. "Je souhaite que personne ici ne connaisse cette situation", a-t-il dit, en larmes.

Le père, la soeur de l'accusé Christine, son frère Stéphane, sa tante Josette ont assuré qu'Yvan avait abandonné le militantisme nationaliste au début des années 1990 en raison de son métier et de la naissance de son fils.

L'accusation soutient que c'était un choix politique. Rejetant les luttes entre factions nationalistes, qui ont fait une vingtaine de morts, il aurait entrepris avec ses amis de "refonder" la cause par un acte fort, l'assassinat du préfet.

Yvan Colonna a aussi été combatif sur les affaires qu'évoque l'accusation pour le décrire comme activiste : interrogé par la police en 1994 dans une affaire de tentative d'assassinat, à la suite d'une dénonciation anonyme, il a été mis hors de cause, rappelle-t-il, niant toute intervention de son père.

Le procès se poursuit mercredi avec l'examen de l'attaque de la gendarmerie de Pietrosella, où fut volée l'arme qui devait servir à tuer le préfet.

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Publié dans actualité télé

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